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Cote | Section | Disponibilité |
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82-4 PAS * c | Documentaires adultes | Disponible |
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Voici un ouvrage charmant qui raconte les souvenirs chromatiques de son auteur. Pourquoi chromatique ? parce que les couleurs sont au centre de cet essai passionnant, très agréable à lire et d'une grande érudition. En effet, Michel Pastoureau s'intéresse dès l'adolescence aux couleurs et à l'héraldique, deux passions qui vont le conduire tout naturellement vers des études d'histoire et plus particulièrement d'histoire médiévale.
L'ouvrage est émaillé d'anectodes amusantes liées aux couleurs qui ont imprégné son enfance. J'en épingle deux que l'auteur qualifie de « caprices chromatiques ». Invité à l'âge de 13 ans avec ses parents à un mariage, il est emmené par sa mère dans un magasin pour lui acheter son premier blazer. Comme il est un peu grassouillet, le vendeur conseille le blazer droit dont le bleu est moins bleu marine que le modèle croisé. Sa mère se rallie au conseil du vendeur et, malgré ses récriminations, le jeune Michel, profondément déçu, est condamné à porter le modèle droit à la couleur peu conforme à l'idée qu'il a du bleu marine. Très tôt, la couleur préférée de Michel est le vert, à tel point qu'il refuse le vélo de course tant convoité que son père s'apprête à lui offrir, parce qu'il est jaune. Les couleurs agissent-elles comme les madeleines de Proust ? C'est la question que le lecteur est enclin à se poser, cherchant dans son passé des souvenirs liés aux couleurs.
Pastoureau passe en revue les couleurs des habits, de la vie quotidienne, au cinéma, sur les terrains de sport, etc. Un chapitre étudie la symbolique des couleurs : pourquoi certaines couleurs sont-elles mal aimées, comme le noir, symbole des ténèbres et de la mort ; le vert, lié à l'idée du sort, du hasard et de la fatalité ; le jaune, associé au mensonge, à la lâcheté et à la trahison ? Chaque fois, Pastoureau convoque l'histoire pour expliquer ces sentiments.
Quant à la vexillologie (l'étude des couleurs des drapeaux), elle est complexe. L'auteur explique pourquoi si peu d'études sérieuses ont été consacrées à ces emblèmes nationaux nés souvent dans le sang. Il nous apprend les noms des couleurs des blasons : or (jaune), argent (blanc), gueules (rouge), sable (noir), azur (bleu) et sinople (vert). Le vocabulaire chromatique s'enrichit aussi de qualificatifs évoquant les couleurs des robes de chevaux.
L'histoire de l'art est bien entendu un domaine privilégié pour l'étude des couleurs. L'auteur explique qu'à notre époque nous ne voyons pas les couleurs des tableaux anciens comme nos ancêtres qui s'éclairaient à la torche, à la bougie, à la lampe à huile... un éclairage jamais uniforme et qui faisait bouger les formes et les couleurs des fresques et des tableaux.
Cette lecture réjouissante est à savourer lentement pour en apprécier l'écriture nuancée, limpide, précise et souvent teintée d'humour qui accompagne les propos savants de ce spécialiste.
L'ouvrage a été couronné en 2010 par le Prix Médicis de l'essai.